L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES (8)
« Comme la Très Sainte Vierge est par son consentement le principe de Jésus-Christ en son humanité - dit M. Olier - elle est aussi par ses soins et sa charité le principe de Jésus-Christ en son Eglise. Elle n'a pas sitôt conçu NotreSeigneur, qu'elle va le porter et le former dans le cœur de saint Jean son précurseur. Elle a hâte de devenir ainsi la cause de notre foi, et la mère de Jésus-Christ dans le cœur des fidèles. (…) Elle remplit de lumières l'âme de sainte Elisabeth ; et ses paroles ont sur saint Jean l'effet des paroles sacramentelles non seulement du baptême, qui donne une grâce d'enfance, mais encore de la confirmation, qui donne la grâce en plénitude, et qui répand dans les âmes tous les dons du Saint-Esprit, lequel les éclaire, les possède, les régit et les consomme en la perfection du saint amour. - La Sainte Vierge donc, comme Pontife, et en vertu de ses droits de Mère de Dieu et d’épouse du Père, imprime le Saint-Esprit en saint Jean. Elle achève l'ouvrage du Père Eternel, qui se sert d'elle pour donner au Précurseur l'esprit et la grâce de son ministère » (1).
Il s’ensuit, comme le fait remarquer ce même pieux auteur, qu’il ne suffit pas de considérer Jésus avec Marie, comme on le fait couramment. Nous devons également le contempler en Elle, comme trône de son amour et de ses bienveillances, comme l’arche de son alliance et le dépôt vivant de ses grâces, où il lui plaît énormément d’être contemplé et adoré, communiquant à ses bénédictions une douceur tout à fait particulière, venant de la saveur de ce précieux canal. « Jésus-Christ (…) qui a reçu la plénitude de la vie de son Père, la communique en l'abondance qu'il lui plaît. Pour cela il vit en sa divine Mère, la rend mère des vivants et source universelle de la vie divine qu'il tient en elle, comme en dépôt, pour la distribuer par elle à tous les membres de l’Église. Aussi les saints que Dieu a destinés pour renouveler la piété des fidèles, persuadés que tous les biens devaient descendre en eux par Marie, l'ont toujours honorée comme leur tutrice, leur patronne et leur avocate. C'est pourquoi lorsqu'on veut prier et travailler pour le renouvellement de la foi dans les âmes, et surtout dans le saint clergé (qui est ce que Dieu demande visiblement en ce temps), il faut aller à Marie pour y trouver Jésus, dans le très adorable mystère de Jésus en Marie » (2).
Ainsi, nous verrons que Marie n’est pas seulement un vase spirituel, par l’abondance de grâces et de bénédictions qu’elle contient, mais aussi un vase d’insigne dévotion, parce qu’elle peut les répandre avec une douceur et une suavité singulières sur les âmes privilégiées qui l’invoquent avec un grand amour et une grande confiance, ainsi que sur les zélés ministres de l’Évangile.
« En elle et par elle, ajoute-t-il, le divin Sauveur distribue invisiblement son esprit et ses grâces à ses disciples et aux prédicateurs de son Évangile. C'est pourquoi, bien qu'il n'ait pas permis qu'elle fût présente à la Cène pour être faite visiblement prêtre, il a voulu qu'elle fût au Cénacle pour recevoir l'esprit et la grâce apostolique. Par là il faisait entendre à l'Église qu'elle ne serait jamais renouvelée que par la participation à l'esprit de Marie : esprit que, selon saint Jérôme, elle ne reçut pas avec mesure, comme les disciples et les apôtres, mais en toute sa plénitude. (…) Ainsi, au jour de la Pentecôte, Marie devint, par la vertu du Saint-Esprit, comme le réservoir de tous les bienfaits et de toutes les richesses de la grâce. Elle est le chandelier à sept branches qui illumine tout le temple de Dieu, et qui l'éclaire par la diffusion des dons et des lumières dont elle est remplie.
« Oh ! qu'heureuse est l’âme qui peut entrer en participation de cette sainteté envers Dieu, de ce zèle envers l'Église, de cette perte de soi-même en Jésus, pour la gloire de son Père et pour l'établissement de son royaume dans les âmes ! » (3).
« Ô Vierge Sainte, s’exclame saint Jean Eudes (Cœur admirable, 1. 5, ch. 10), comblez nos cœurs de cet Esprit divin dont le vôtre est tout entier rempli. Faites que nous recevions de votre plénitude, que notre propre esprit soit anéanti en nous et que celui de votre Fils s’y établisse parfaitement ; afin que nous ne vivions plus, ne parlions plus et n’agissions plus que sous l’inspiration et la conduite de Jésus ».
Comme Siège de la Sagesse et Mère du bon conseil, Marie nous fait goûter aux fruits précieux de cette sagesse mystique dont son cœur aimant est si pleinement rempli, et elle nous enseigne à agir en toute chose avec cette discrétion et cette prudence de l’esprit — qui est vie et paix — et à fuir ce que le monde appelle la prudence, et qui est mort de l’âme (Rom., 8, 6). Ô quelles merveilles, dit le bienheureux Grignion (Dévot., 2. P., III), le Saint-Esprit accomplira et fera réaliser dans les âmes où il trouvera sa chère Épouse, en se communiquant à elles en abondance et en les comblant de ses dons, en particulier de celui de la sagesse ! (4)
Dès lors que c’est par cette sagesse mystique qu’ont été guéris tous ceux qui plurent à Dieu (Sap., 9, 19), la Vierge nous donne la vraie santé en contribuant à nous la communiquer. C’est pourquoi elle est appelée à juste titre Salus infirmorum, Santé des malades.
« Je vous supplie, ajoute saint Jean Eudes (Ib., 1.11, méditation pour le 2e jour de l’octave), par toutes les bontés de votre Cœur maternel, de détruire totalement dans celui de votre indigne fils tout ce qui vous déplaît en lui, et d’y graver une image parfaite des qualités saintes de votre très saint Cœur. »
« Ô ma très puissante Reine, dit-il encore (3e jour), je vous donne mon cœur ; imprimez-y une part de la haine infinie que vous avez contre le péché. »
Par ailleurs, de même qu’elle est comparable, dans ce qui constitue le jour de la sanctification progressive, à la lumière de l’aurore sans cesse grandissante jusqu’à atteindre toute sa splendeur, de même elle est l'étoile mystique du matin qui précède l’aurore elle-même et annonce dès son apparition la venue prochaine du Soleil de justice. Elle reçoit déjà de Lui en abondance cette belle lumière dont Elle réjouit et console les débutants, en leur apprenant à marcher sur les chemins de la vérité et de l’équité. - En même temps, telle une « étoile polaire » ou Étoile de la mer, Maris Stella, elle les guide vers le port du salut et les préserve des écueils et des dangers.—« Marie, remarque le bienheureux Montfort (Op. cit. II), qui est l'étoile de la mer, conduit tous ses fidèles serviteurs à bon port ; elle leur montre les chemins de la vie éternelle; elle leur fait éviter les pas dangereux (…) ». « En la suivant, dit saint Bernard, tu ne t'égareras pas : Ipsam sequens, non devias ». « Là où c’est Elle qui est le guide, le malin ne s'infiltre pas par ses illusions ni l'hérésie par ses ruses : Ipsa tenente, non corruis » (5).
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(1) J. Olier, Pensées choisies sur le culte de la Sainte Vierge, Gabalda, 1916, pp. 28-29 (version originale).
(2) J. Olier, Op. cit. chap. 3, p. 43.
(3), J. Olier, Op. cit., pp. 45-46.
(4) NdT : Saint Louis-Marie Grignon de Montfort écrit ceci : « Quand est-ce que les âmes respireront autant Marie que les corps respirent l'air ? Pour lors, des choses merveilleuses arriveront dans ces bas lieux, où le Saint-Esprit, trouvant sa chère Épouse comme reproduite dans les âmes, y surviendra abondamment et les remplira de ses dons, et particulièrement du don de sa sagesse, pour opérer des merveilles de grâces » (Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 217.5).
(5) NdT : Saint Louis-Marie Grignon de Montfort écrit : « C'est ce que dit saint Bernard en termes formels, pour nous inspirer cette pratique. Lorsqu'elle vous soutient, vous ne tombez point ; lorsqu'elle vous protège, vous ne craignez point ; lorsqu'elle vous conduit, vous ne vous fatiguez point ; lorsqu'elle vous est favorable, vous arrivez au port du salut : Ipsa tenente, non corruis ; ipsa protegente, non metuis ; ipsa duce, non fatigaris ; ipsa propitia, pervenis (Serm. super Missus) » (Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 174).
ARINTERIANA
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Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
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