L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES (5)
Une autre âme vertueuse, non moins expérimentée (D.), mais sans aucune instruction, qui ne sait rien de plus que ce qu’elle a appris par le Rosaire, et qui est ainsi un témoin vivant de ce qui, selon le bienheureux Grignion, permet de progresser, écrivait (décembre 1909) : « Je sens en moi le Saint-Esprit et la Vierge en permanence, et ils m’enseignent d’une manière très spéciale à connaître et à aimer les mystères du Saint Rosaire et la Très Sainte Trinité. C’est le Saint-Esprit qui m’enseigne, et la Vierge qui me tient attachée par le cœur. C’est elle qui a préparé mon cœur pour que le Saint-Esprit s’en empare. (…) La Très Sainte Vierge s’efforce de me former selon son cœur. — « Ah, comme cette Mère Marie est bonne ! - s’exclamait-elle encore - comme elle est attentive à enseigner aux âmes qui la cherchent ! Et je peux dire par expérience qu’Elle est le livre de toutes les sciences qui unissent les âmes à Dieu ; dans les mystères du Saint Rosaire, je rencontre Sa doctrine (…) ; dans chacun des mystères, je trouve le Père, le Fils et le Saint-Esprit avec la Vierge Très Sainte. (…) Mon âme demeure imbibée ou imprégnée par la Vierge en même temps que par la Très Sainte Trinité ».
Nous avons souhaité rapporter ici à nouveau ces longs témoignages. Ils nous semblent en effet tout à fait appropriés pour exposer cette doctrine si importante et faire connaître une partie de ce qu’elle contient, si vaste et si merveilleuse, mais qui reste encore couverte des voiles du mystère et implicite dans les titres susmentionnés par lesquels nous saluons Notre Dame, Notre Reine et Notre Mère, qui véritablement nous forme au Christ en nous configurant à elle-même.
Nous verrons ainsi que « Marie, selon le P. Maréchaux (Élév., 26), se fait l’instrument du Saint-Esprit, avec un amour tout à fait maternel, pour graver dans l’Église, épouse de son Fils, les traits de la physionomie de grâce dont Elle-même a été dotée par le Saint-Esprit. Et pour ce faire, elle agit et influence chacun des membres de l’Église, ainsi que l’Église tout entière dans son ensemble. (…) Ce travail délicat tend à produire dans les âmes et dans l’Église la ressemblance avec Jésus ; car Marie, c’est Jésus (…) placé plus près de nous et rendu plus accessible et plus imitable. Quel spectacle enchanteur que de voir Marie œuvrer très intérieurement, en tant qu’Épouse du Saint-Esprit, à la sanctification de l’Église ! »
Spectacle certes admirable qui oblige les Anges eux-mêmes à s’exclamer en disant : Qui est celle-ci (…), choisie comme le soleil » (Cant., 6,8), qui chasse ainsi les ténèbres et inonde tout de lumière, de joie et de vie ?
En effet, comme l’ajoute l’abbesse de Solesmes (op. cit.), « la mission de Notre-Dame et de notre Mère ne s’est pas achevée avec les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, pas plus que ces mystères ne sont achevés, eux-mêmes, puisqu’ils se poursuivent et s’accomplissent à travers toutes les générations, jusqu’à la formation du dernier des élus. Marie est encore notre Mère dans l’œuvre de notre sanctification ; c’est par Elle que Notre Seigneur est venu à nous, et c’est par Elle que vient celui qui, jusqu’à la fin des temps, vient toujours. (…) Marie coopère constamment à la formation du Corps mystique de son Fils, qui est sa plénitude. (…) Et, puisque c’est par Elle que nous vient le Seigneur, Elle est pour nous le canal de la vie surnaturelle ; et ainsi, c’est par Elle que nous viennent toutes les grâces non sacramentelles et toutes les dispositions préparatoires à la réception fructueuse des sacrements. Et comme chaque sacrement n’est en réalité qu’un acte de Notre Seigneur accompli dans et par son Église, c’est là aussi que nous venons rencontrer Notre-Dame en son Fils. De son cœur maternel nous est venu le sang qui rougit notre calice et nos lèvres. (…)
« Ce n’est pas sans raison que l’Église, attribuant indistinctement les textes des livres sapientiaux au Fils de Dieu et à sa Mère immaculée, met dans la bouche de celle-ci ces nobles affirmations (Eccl., 24, 24-25) : "Je suis la Mère du Bel amour et de la crainte (…)". Elle est la Mère de ces biens : elle peut donc les communiquer à ses enfants, à qui elle dit aussi (Prov., 8, 35) : "Qui me trouve a trouvé la vie, c’est une bienveillance du Seigneur". Elle-même est comme une sorte de sacrement qui nous communique la vie et les biens surnaturels ».
Elle est, en effet, comme un super-sacrement qui, d’une certaine manière, les contient tous, pour avoir contenu en soi l’Auteur même des sacrements. Elle est ainsi le type de l’Église avec tous ses pouvoirs sanctificateurs, qu’elle exerce encore sur cette dernière d’une manière aussi merveilleuse que mystérieuse. — « Je constate, disait en 1909 une âme expérimentée (M.), que nous avons déjà citée, que personne ne croirait ce que la Vierge peut faire et fait pour la sanctification des âmes et le soutien de l’Église ; du moins, je ne l’aurais pas compris si je ne l’avais pas ressenti. (…) Il m’est arrivé de me sentir approcher de son cœur et de là, elle me faisait goûter une chose dont je ne savais pas ce qu’elle était : une délicieuse jouissance si pure ! Puis je me suis demandé si c’était comme on le dit de saint Bernard, à qui elle a fait goûter le lait de ses seins. Je ne sais pas ; cela semble, à le dire, une chose matérielle, et cela était si spirituel ! Avec cela, je crois comprendre que dans la sanctification, Elle, en tant que Mère, nourrit et soutient l’âme et l’Église, tandis que le Saint-Esprit éclaire et guide ; mais lorsqu’il s’agit de l’œuvre, l’âme, sans la Vierge, n’arrive à rien si Elle ne s’approche pas d’elle et ne la fait pas agir et aimer ce qu’elle ressent et comprend. Je suis tellement convaincue que sans la Vierge, il ne peut y avoir rien de saint, rien de pur, que (je ne sais si je m’égare, mais au fond, je sais que non) ; c’est que Dieu veut tout sanctifier avec Elle et par Elle. Il me semble qu’Elle veut me faire comprendre que les âmes doivent La chercher là, au plus profond de l’âme, et tout particulièrement lors de la Communion, où Elle vient avec Notre Seigneur ».
Elle vient donc avec Lui ! Et elle vient lui préparer une demeure, afin qu’Il puisse prendre pleinement possession de nous, nous tenir compagnie et réparer nos négligences et nos oublis. Elle vient aussi pour nous le donner, pour nous réconforter et nous revigorer avec ce pain et ce vin mystiques qu’Elle-même nous a préparés (Prov., 9, 5), afin qu’avec la force que nous recevons lors de ce banquet, nous puissions marcher en toute sécurité sur les chemins de la prudence (ib. 6), et atteindre le sommet de la montagne sainte de Dieu (3 R., 19, 8).— C’est là, donc, qu’à ses fils fidèles qui s’efforcent le plus de l’imiter et de lui plaire, elle ne se contente pas d’apporter la nourriture de ses seins aimants et de leur offrir des douceurs célestes. Elle les caresse sur ses genoux et leur fait ressentir parfois avec un plaisir ineffable sa très douce présence qui transforme même les terres les plus arides et les plus stériles en paradis de délices. C’est là que se fait sentir d’une manière très particulière celle qui « demeure dans les jardins » des cœurs purs. Plus elle les trouve cultivés, parfumés et luxuriants, et plus elle se montre joyeuse, faisant bien entendre sa voix pour la gloire du Seigneur et la consolation de ses amis (Cant., 8, 13).
Ayant elle-même produit le très précieux « Blé des élus et le vin qui fait germer les vierges » (Zach., 9, 171), et nous l’ayant offert pour la vie et la joie de nos âmes, son sein est à juste titre comparé à un « monceau de blé entouré de lys » (Cant., 7, 3), lesquels sont les fruits de sainteté et de pureté qu’elle produit en tous ceux qui la reçoivent avec amour.
Ainsi est-elle véritablement « Mère de la grâce divine » et, d’une manière toute particulière, Mère et Reine, d’une part, des vierges, représentées de façon tout à fait singulière par ces lys et, d’autre part, du Sacerdoce. Celui-ci, en effet, est tout entier ordonné au culte et à la distribution de l’Eucharistie ainsi qu’à la sanctification des âmes, que l’Eucharistie nourrit et réconforte en union avec Marie, favorisant ainsi le règne du Christ avec celui de Marie et par celui de Marie. Comme le dit le Bienheureux de Montfort, « C'est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c'est aussi par elle qu'il doit régner dans le monde. (…) Si, comme il est certain, la connaissance et le règne de Jésus-Christ arrivent dans le monde, ce ne sera qu'une suite nécessaire de la connaissance et du règne de la Très Sainte Vierge Marie, qui l'a mis au monde la première fois et le fera éclater la seconde (Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, nn. 1 et 13). Il dit ailleurs : « Marie a reçu un domaine spécial sur les âmes pour les nourrir et les faire grandir en Dieu. Tout comme l’enfant tire toute sa nourriture de sa mère, qui la lui donne en fonction de sa faiblesse, de même les prédestinés reçoivent de Marie toute leur nourriture spirituelle et toute leur force » (Le secret admirable du Très Saint Rosaire). — C’est ainsi qu’ils peuvent grandir jusqu’à devenir « parfaits dans le Christ », qui vient régner en eux.
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
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