DÉVELOPPEMENT ET VITALITÉ DE L'ÉGLISE (13 et fin)
Les paresseux, au lieu de travailler et d'étudier à fond pour discerner le bien du mal trouveront plus commode d’anathématiser tout ce qui est moderne, en le qualifiant de « modernisme », et de justifier leur inertie sous prétexte d'une plus grande orthodoxie. Cependant, l'autorité ecclésiastique les a déjà rappelés à l'ordre, afin qu'ils apprennent une bonne fois pour toutes à séparer ce qui est précieux de ce qui est vil, et à ne pas abuser ainsi – en fomentant la confusion, l'erreur, l'ignorance et le manque de charité - de certains documents lumineux qui stimulent à l'action et à la vie (1). Voilà ce que voulaient, et ce que de fait ont obtenu les adversaires : semer dans notre camp la confusion, et surtout invoquer en leur faveur certains des plus illustres écrivains catholiques. Cependant, cette confusion est également aujourd’hui dissipée, grâces à Dieu : le même zélé Pontife, qui a fulminé la sentence contre le faux évolutionnisme des novateurs rebelles, a expressément déclaré que cette condamnation n'incluait en aucune manière les doctrines évolutionnistes de Newman, dont ces derniers ont si malicieusement abusé du nom glorieux pour couvrir leurs intentions perverses (2).
Ainsi, la lumière augmente de jour en jour, et la vérité devient plus claire, à mesure que s'évanouissent les doutes et que se dissipent les confusions et les obscurités. C'est pourquoi peu nombreux sont aujourd'hui ceux qui se hasardent à délaisser sérieusement le concept fécond d’évolution dans l'Église, et que sont si nombreux, au contraire, ceux qui se sont décidés à l'étudier, soit d'un point de vue dogmatique, soit d'un point de vue disciplinaire ou liturgique, etc. En effet, tous comprennent de mieux en mieux que ces aspects dynamiques sont bien plus pertinents pour la défense de la Religion, et la pleine mise en lumière de sa vérité, qu’un point de vue purement statique (3). C’est pourquoi cette doctrine est expressément admise, sous une forme ou une autre, avec ou sans restrictions – lorsqu’elle n’est pas ardemment défendue – par les plus consciencieux et les plus énergiques combattants qui se sont dressés contre le modernisme (4).
La multitude de travaux entrepris sur des questions particulières, n’ôte pas l’opportunité d’un ouvrage aspirant à être suffisamment complet pour embrasser méthodiquement jusqu’aux aspects et aux formes principaux de toute l’évolution ecclésiastique, et pour déterminer ses causes et ses conditions, internes et externes. Bien au contraire : à notre humble avis, elle l’augmente.
Dans cet ouvrage, nous nous sommes efforcé de montrer comment la mystérieuse évolution mystique – par laquelle nous croissons véritablement en grâce et en connaissance du Fils de Dieu – est la raison capitale de toutes les autres évolutions par lesquelles l’organisme mystique de la Sainte Église, et chacun de ses membres, progressent en tout, grâce à l’influx continuel qu’ils reçoivent de sa divine Tête. Ainsi, à travers toutes les modifications et formes extérieures, on peut mieux observer l’identité pérenne d’esprit et la copieuse abondance de vie intérieure de la chaste Épouse de l’Agneau Divin.
Bien des déficiences pourront assurément être trouvées dans nos recherches : nous le reconnaissons. En dépit de la bonne intention qui a animé ces dernières, il n’y a pas lieu d’attendre autre chose, compte tenu de la faiblesse de nos forces et de l’importance des difficultés qu’offre un chemin encore si escarpé. C’est pourquoi nous soumettons de tout coeur notre humble travail à la correction et au jugement infaillible de la Sainte Mère Église, à laquelle nous le consacrons pour son exaltation et sa défense. Daigne le Seigneur le bénir – comme l’a déjà béni oralement son Vicaire sur la terre (5) – afin qu’il serve seulement son plus grand honneur et sa gloire, et le bien des âmes !
Que la Vierge Très Sainte, par les mains bénies de laquelle nous offrons tout à son Divin Fils, nous obtienne, en ce jour de sa glorieuse Nativité, cette très haute faveur et nous fasse demeurer toujours dans la véritable Sagesse !
Trône de la Sagesse, priez pour moi.
Rome, 8 septembre 1910.
Juan González Arintero, O. P.
__________
(1) Le cardinal Ferrari, archevêque de Milan, après avoir déployé, tant d'énergie, comme il en a déployé dans la répression du véritable modernisme, a cru opportun de protester également contre les excès de certains anti-modernistes fanatiques : « il nous est très douloureux, dit-il, de voir que certains (…) en viennent à cette extrémité de voir du modernisme partout ou, du moins, à lancer des soupçons contre des personnes respectables, sans épargner les évêques eux-mêmes (…). Que l'on veuille bien noter que le modernisme, pratiquement, veut dire rébellion contre l'autorité ecclésiastique. Ne serait-il pas possible que certains anti-modernistes exagérés, portés à l'extrême opposé, tombent dans un nouveau genre de modernisme ? »
(2) « Sachez que Nous approuvons vivement ce petit ouvrage de votre main, dans lequel vous montrez que les écrits du cardinal Newman sont loin de s’opposer à notre Lettre Encyclique Pascendi, et qu’ils sont au contraire en parfaite harmonie avec elle : car vous n’auriez pu mieux servir ni la vérité, ni la dignité de l’homme. (…) Nous vous félicitons donc d’avoir, grâce à votre connaissance de tous ses écrits, si admirablement défendu la mémoire du meilleur et du plus sage des hommes contre toute atteinte » (s. Pie X, Epistola ad Episcopum Limericiensis, 10 mars 1908, AAS, vol. 41, p. 200).
Guibert fait bien ressortir l'opposition entre Newman et les modernistes en disant : « 1.°, le moderniste est agnostique : il ne connaît rien, au-delà des phénomènes et du moi ; et il professe n'avoir aucune certitude au sujet du monde suprasensible. Or, toute la vie de Newman, si (…) constamment en communication avec le monde invisible, proteste contre l'agnosticisme. 2.°, le modernisme est naturaliste dans sa manière de concevoir l'Écriture et les dogmes : il n'y voit pas un don d'en haut, mais un produit de la conscience humaine. Pour Newman, au contraire, l'Écriture est véritablement la parole de Dieu, et les dogmes ont été semés dans l'âme humaine par la main divine. 3.°, le moderniste plaide en faveur de l'évolution des dogmes, mais en un sens totalement humain : les germes formés dans le domaine du subconscient finissent par parvenir à la superficie de la conscience, où ils se développent par l'union avec d'autres éléments naturels. Newman enseigne, certes, l'évolution des dogmes ; mais, à la manière de Saint-Vincent de Lérins : (…) il y a développement d'un germe ; parce que le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé. Mais ce germe est venu d'en haut, et se développe sous des influences divines. 4.°, le moderniste met en doute l'autorité doctrinale de l'Église (…). Newman, au contraire, marche à la recherche de cette autorité, établie par Jésus-Christ, et il entre dans le catholicisme, parce que c'est là qu'il la rencontre » cf. Rev. pr. d’Apol., 15 novembre 1907, p. 278).
(3) Cf. Groot, Summa apol., q. 19, a. 5 ; Gardeil, Le donné révélé, L. I, 2, II ; Bainvel, De Magisterio vivo et trad., 3° P, c. 3 ; Fei, De dogmatis evolutione, art. 2.
(4) Cf. Grandmaison, Le développement du dogme chrétien, in Rev. prat. d’Apol., année 1908, nn. 56-66 ; Lépicier, Op. Cit. ; etc.
(5) Lorsqu’il a reçu les deux derniers volumes ; lesquels – parce qu’ils étaient déjà achevés – purent être imprimés tandis que nous achevions celui-ci.
(*) Note du présentateur de l’éditeur de 1974 (le P. Arturo Alonso Lobo, O. P.) : « Le P. Arintero publia les volumes III et IV de cet ouvrage en 1908 à Salamanque. Étant professeur au Collège Angelicum de Rome durant l’année universitaire 1909-1910, il fut reçu en audience par le Saint Pape Pie X, auquel il offrit les volumes déjà édités et promit de publier les deux premiers qui étaient alors en voie d’impression. Je fais mention de cette entrevue dans la biographie du Serviteur de Dieu intitulée : Le P. Arintero, precursor clarividente del Vatican II (Salamanca, 1970, p. 222).
Le caractère singulier de cette rencontre se reflète dans les lignes suivantes : “Le P. Arintero s’approcha – naïvement enthousiaste – devant le Pontife lui-même pour lui offrir son ouvrage La Evolución mística – relié en cuir blanc et orné du blason papal. Le pape, qui avait dû réagir vigoureusement contre les excès évolutionnistes inhérents au coutant moderniste, s’étonna de ce titre et demanda : “De quelle évolution s’agit-il ?” Le P. Arintero, nerveux et en même temps inspiré, justifia ce titre et la doctrine qui le fondait par une abondante série de citations de la Sainte Écriture – qui s’écoulaient spontanément en latin de ses lèvres – et dans lesquelles l’auteur sacré utilise le mot évolution comme synonyme de croissance dans la charité, d’augmentation de la grâce, de transfiguration dans le Christ, etc. Alors Pie X manifesta sa bienveillance et exprima sa gratitude, en exhortant l’auteur à poursuivre ce travail pour aider les âmes sur le chemin ascendant vers Dieu » (pp. 81-82).
ARINTERIANA
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Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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