TÉMOIGNAGES
SUR
LE PÈRE
JUAN G. ARINTERO
ORAISON FUNÈBRE DU P. ARINTERO
Par le P. Luis Alonso Getino, O. P. (1877-1946)
ORAISON FUNÈBRE DU P. ARINTERO, prononcée par le P. Getino [photo ci-dessous] le 19 septembre 1928 lors de "l’épilogue de l’hommage rendu au défunt, si illustre, dans son village natal de Lugueros et à León, capitale de la province" (El libro de Valdelugueros, 24 junio 1860, 20 marzo 1928, Tipografía de Archivos. Olózaga, 1. Madrid, 1929, 219 pp.). Le texte de cette oraison funèbre, prononcée à Lugueros, est tiré de cet ouvrage (pp. 53-64).
"Beati mortui qui in Domino moriuntur... opera enim illorum sequuntur illos".
(Apoc., c. XIV, v. 13.)
"Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur, car leurs œuvres les suivent".
Vénérables prêtres,
Mes frères bien-aimés en Notre Seigneur Jésus-Christ,
Vous avez tous entendu dans l'Église catholique des panégyriques ; mais des oraisons funèbres, très peu. Notre Mère, l’Église catholique, nous encourage à chanter les louanges de ses enfants lorsque, après un procès contradictoire, long et rigoureux, leur vie a été déclarée héroïque en ses vertus, afin que nous puissions nous regarder dans ce miroir et, suivant les traces des saints, être nous aussi des modèles de vertu, de cette vertu solide, éprouvée et raffinée que nous offre la vie des saints.
Comme l’examen de ces vies admirables exige une étude approfondie et une déclaration solennelle, à moins que celle-ci ne l'ait précédé, l’Église n’autorise que très difficilement que l’on parle des vertus des hommes du haut de la chaire. Ainsi, elle n’autorise la prédication panégyrique à leur sujet que lorsque leur vertu est communément tenue pour exceptionnelle, ou lorsqu’ils meurent aux plus hauts postes d'autorité ou encore après avoir versé leur sang pour la Patrie, car alors ces morts revêtent une dimension profondément religieuse qui justifie une oraison funèbre, sans qu’il soit besoin, pour la composer, d'établir des excellences personnelles.
Dans notre cas, c'est tout le contraire. L'homme bon que nous pleurons, nous le pleurons à cause de sa bonté, et parce que nous nous sentons privés de ses exemples qui, surtout ces derniers temps, étaient admirés de tous. Nous avons néanmoins commencé ces hommages par une Messe de Requiem et une Veillée funéraire, ce qui est la manière d'avancer avec assurance jusqu'à ce que l'Église, avec son autorité suprême, autorise autre chose.
C'est pourquoi je viens prononcer cette Oraison funèbre avec l'autorisation spéciale de notre très excellent et très révérend Prélat (1), qui, outre cette autorisation, m'a accordé une bénédiction spéciale pour tous les participants et pour tout ce peuple, depuis qu’il a consacré son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus, le jour même où toute la Nation fut consacrée au Cerro de los Ángeles par Sa Majesté le roi Alphonse XIII.(2).
Nous avons célébré, avant cette Oraison funèbre, la Messe et la Vigile, car nous savons que les suffrages offerts avec charité profitent aux défunts ; et si notre père Arintero, que nous pleurons, et pour qui tant de personnes venues de tant d'endroits différents se réunissent, n’a pas besoin de notre aide, comme nous le croyons, pour jouir de Dieu, nos prières profiteront à d'autres âmes en peine, car c'est dans cette intention qu'elles sont adressées, à savoir que si elles ne s'appliquent pas à lui, elles s'appliquent à d'autres qui font l'objet de notre dévotion et de nos obligations.
C'est pourquoi ces hommages sont toujours utiles pour exercer notre charité envers les défunts.
Mais un hommage comme celui-ci présente également d'autres avantages, car il nous permet de méditer sur la mort, de réfléchir aux vertus et de nous rassembler, nous qui devons nous rassembler, prosternés devant nos gloires de la montagne.
À ce sujet, je ferai quelques brèves et succinctes considérations : brèves, car l'hommage commence déjà à être long alors que nous n'en sommes qu'à la moitié, et succinctes et sobres, car la mort ne veut pas d'ostentation, et aussi parce qu'après cette cérémonie religieuse, la cérémonie civile vous attend, avec son défilé d'orateurs et son tournoi d'éloquence, qui vous comblera.La mémoire de la mort est si profitable que le Saint-Esprit nous assure qu’en la gardant devant nos yeux nous, nous ne pécherons pas. “Memorare novissima tua et in aeternum non peccabis”.
Il semble que l'homme abuse de tout pour pécher, sauf de la mort. Si nous avons en abondance la santé, les biens, les honneurs ou le pouvoir, nous nous croyons des dieux, connaisseurs du bien et du mal, et nous nous abandonnons aux désirs de notre cœur.
Si nous souffrons du froid, nous pensons à nous constituer une garde-robe abondante et nous en arrivons à la superfluité, au luxe et au péché.
Si la faim nous guette, vient aussitôt le désir insatiable de posséder en abondance, quoi qu'il en coûte, en pensant davantage à nous entourer de biens passagers qu'à nous préparer à la vie éternelle.
Si la douleur nous visite, les médecins et les médicaments à notre disposition sont peu de choses pour nous en libérer et même pour nous offrir une vie facile et confortable.
La pensée de la mort, au contraire, nous incite à profiter de la vie qui s'écoule, et pendant laquelle il faut gagner l'éternité.
La mort est un frein et un stimulant ; elle est un frein pour que nous nous consacrions à ce qui engage notre destin, à ce qui trouve en elle une solution définitive, et elle est un stimulant et un aiguillon qui nous incitent à profiter du temps qui s'achève avec elle.
La mort est le châtiment du péché. Dieu n'a pas voulu en libérer la très Sainte Humanité du Christ, qui est venue ôter les péchés du monde.
Si elle n'était pas la fin des misères et le début des joies, nous la considérerions, à juste titre, comme le plus grand châtiment. Lorsque Jésus se présenta à la maison de Lazare, les deux sœurs, Marthe et Marie, qui connaissaient son pouvoir thaumaturgique et qui comprenaient également que le Sauveur aimait leur frère, lui dirent : “Seigneur, si tu avais été ici, notre frère ne serait pas mort”. Il leur semblait que l'amour ne pouvait consentir à la mort de l'être aimé. Elles ne réfléchissaient pas au fait que ceux qui meurent dans le Seigneur sont bienheureux ; elles ne considéraient pas que notre tristesse se transforme en joie et que la dernière et la plus grande récompense est liée à la mort. Le châtiment ne peut être appelé ainsi lorsqu'il est ordonné à la récompense ; il semble au contraire être une condition indispensable pour l'obtenir. La mort des enfants de Dieu est un châtiment de ce genre, par lequel la vie change, mais ne disparaît pas, comme nous venons de le chanter dans la Préface.
Tout comme l'étudiant doit s'astreindre à des études assidues pour obtenir ses diplômes, tout comme le laboureur doit arroser la terre de sa sueur pour la rendre fertile, tout comme le soldat doit affronter le fer et le feu pour obtenir les croix et les promotions promises, ainsi le calice amer de la mort précède la victoire de la gloire.
C'est ce qu'enseigne la foi, qui rend supportable la mort, en soi terrible et odieuse. Nous essayons de la fuir, parfois en allant aveuglément à sa rencontre. Si la peste sévit quelque part, nous nous en éloignons pour ne pas trouver la mort. Si certains meurent par les armes, en tombant d'un échafaudage ou en se battant avec des hommes violents, nous essayons d'éviter tout cela, en pensant que nous échapperons à la mort, qui est comme un filet dont personne ne peut pourtant s'échapper, à aucun âge.
Notre vie est comme une cruche qui, sous un coup violent, peut aussi bien se briser le jour où elle a été achetée qu'après avoir servi pendant de nombreuses années.
L'ouragan de la mort, qui arrache les cèdres et épargne les herbes tendres, semble s'acharner parfois davantage sur les jeunes et les forts que sur les vieux et les faibles. Il faut y penser et profiter de la pensée de la mort pour régler ses comptes et être prêt à les rendre à celui qui fait de nous davantage des administrateurs que des propriétaires de la vie, et des administrateurs ad nutum, sans aucun délai assuré.
Il convient de célébrer solennellement par une Oraison funèbre le souvenir d'un homme comme le Père Arintero, car cet homme, toujours bon, a été dans les dernières années de sa vie un modèle de vertu.
(1) Mgr José Álvarez Miranda (1850-1937), sénateur du Royaume. En 1914, il fit de la Virgen del Camino la patronne de la région léonnaise.
(2) La consécration de l'Espagne intervint solennellement le 30 mai 1919, en présence de la famille royale, des autorités civiles et religieuses et d'une grande foule, devant le monument érigé en l'honneur du Sacré-Coeur sur le Cerro de los Ángeles, la Colline des Anges, près de Madrid, inauguré à cette occasion. Six jeunes furent martyrisés à ses pieds le 23 juillet 1936 et le monument fut détruit par les Républicains, après que des miliciens eurent la prétention de "fusiller" la représentation du Christ. Franco le fit reconstruire et le nouveau monument fut inauguré en 1965.
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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