TÉMOIGNAGES
SUR
LE PÈRE
JUAN G. ARINTERO
LUIS G. ALONSO GETINO (1877-1946)
Fondateur de la revue La Ciencia Tomista [devenue Ciencia Tomista]
Article par dans la revue El Debate, au lendemain de la mort du P. Arintero, sous le titre "La mort du Père Arintero"
Hier (20 mars - en réalité : février), à une heure de l’après-midi, est décédé à Salamanque ce paladin de la Religion et du travail, maître des maîtres, directeur de la florissante revue La Vida Sobrenatural et de tant d’âmes qui vivaient incorporées au mouvement mystique de notre patrie.
Homme d’une santé de fer, d’une volonté d’acier, consacré toute sa longue vie au travail intellectuel, et préparé à cela dans le cloître et à l’Université, il laisse une œuvre étonnante, de celles que les générations futures refuseraient d’admettre, si elles n’étaient pas si bien fondées ; de celles qui semblent dépasser la capacité de plusieurs personnes intelligentes et laborieuses.
Le secret de cette activité était, d’une part, un zèle brûlant pour la gloire de Dieu, et d’autre part, l’isolement dans lequel il vivait, coupant toute relation avec toute sorte de personnes qui n’avaient pas ses propres préoccupations et qui ne l’aidaient pas à semer partout la semence de la vie surnaturelle.
Les lettres de politesse, les visites d’attention, les relations sociales, tout cela était exclu du programme du Père Arintero ; tout cela lui volait rarement son temps, comme par surprise. Même le loisir que parmi les religieux on a à certaines heures, et qui est un acte de communauté, lui servait à lire son courrier, à feuilleter très rapidement quelque journal et à discuter avec ceux qui voulaient parler de sujets spirituels, car il ne parlait d’autres choses que par quelques mots.
Il lisait les livres et les revues stylo en main pour noter tout ce qui avait un intérêt particulier, ne consentant pas que les lectures lui servent seulement de divertissement, mais cherchant à ce qu’elles lui apportent des fruits plus durables, qu’il archivait. C'est ainsi qu'il trouvait tant d'heures à travailler dans ses journées ; ainsi s’explique le fait qu’il pouvait faire tant de choses en une semaine, que d'autres, même non paresseux, ne pouvaient faire qu'en un mois.
Son goût pour les livres, assez affaibli ces dernières années, où il méditait beaucoup plus qu’il ne lisait, était singulier. Quand nous voyons dans certaines de ses œuvres des citations et encore des citations de centaines d’auteurs, il est facile de supposer que la plupart sont de seconde main. Il n'en est rien ; il y a des centaines de livres annotés et d'extraits dans sa propre cellule. Il n’était pas homme à aimer étudier dans les bibliothèques, mais à rassembler dans la sienne le meilleur des spécialités qu’il cultivait ; d’abord, des Sciences pures ; ensuite, de la Philosophie scientifique ; puis, de l’Apologétique, et enfin de la Mystique.
Ces dernières années, il n’avait gardé que très peu de livres, parce qu'il avait des scrupules à ce qu’ils lui servent à lui seul, même avec la permission de ses supérieurs, et non à tous, se contentant de ceux dont il avait besoin pour diriger La Vida Sobrenatural.
Cette revue, dont il était l’âme, a atteint en notre patrie un tirage enviable et une influence bien plus enviable encore. Le Père Arintero s'est spécialement attaché (et ceux qui lui succéderont devront conserver cette préoccupation) à ce qu’elle ne soit pas exclusivement dominicaine, mais ouverte à toutes les familles religieuses, séculières et régulières. Ainsi, il a réussi à ce qu’elle pénètre partout, et que toutes les palpitations de la vie spirituelle en notre patrie trouvent en elle un accueil affectueux et un écho fidèle. De revue comme celle-ci, il y en a peu dans le monde, car elle ne s’adapte pas aux goûts malsains, ni ne s’inquiète d’attirer par la variété, ni ne se soucie de la modernité passagère. C’est une revue de vie intérieure, façonneuse d’esprits, missionnaire de vérités éternelles, de pénitence, d’aspirations à l’élévation, d’union à Dieu. En effet, le Père Arintero, même en traitant des problèmes d’ascétique, les abordait comme sur un tremplin et ne s’arrêtait pas avant la voie unitive, qui est la plus haute de toutes.
Dans toute l’Espagne sont apparus ces années, comme en Allemagne au début du XIVe siècle, les amis de Dieu, les mystiques, qui étaient à présents conduits par le Père Arintero et par d’autres, comme ils l’étaient alors par Tauler, Suson et Ruysbroeck. Aux Congrès mystiques de sainte Thérèse, à Madrid ; du vénérable Lapuente, à Valladolid, et de saint Jean de la Croix, à Ségovie, le Père Arintero fut recherché comme un homme d’autorité extraordinaire, et aussi dans les divers Congrès mariaux, en dépit de la surdité qui semblait l’empêcher d’intervenir dans les discussions orales.
Il était extrêmement obéissant et soumis à ses Supérieurs et ne jouissait de rien tant que de savoir qu’ils approuvaient ce qu'il entreprenait, surtout, dernièrement, sa dévotion à l’Amour Miséricordieux et à la médiation universelle de Marie, qui étaient, avec la direction de la revue, ses préoccupations les plus intenses et les plus tendres.
Admirable changement chez cet homme au sein même de la vie religieuse ! D’abord géologue et naturaliste, philosophe et apologiste ; mais en se donnant à l’étude directe de la Sainte Écriture, il se livra entièrement à la vie mystique, qui n’a pas besoin d'être défendue, qui doit être sentie plus qu’étudiée, qui nous ouvre les portes de la vie divine, de la vie de ceux qui s’approchent de Dieu. Digne couronnement de l’éminent auteur de L’Évolution et la Philosophie Chrétienne.
Vingt, trente, quarante volumes de science pure et bien intentionnée, que vaut tout cela à côté des communications divines qui sanctifient ce monde et nous mettent aux portes d’un monde meilleur ? Ainsi mourut le Père Arintero, heureux et souriant, saluant la mort comme libératrice de ces liens qui retiennent l’union suprême et perpétuelle, après avoir échangé le rôle de Marthe de la science chrétienne contre celui de Marie de la contemplation mystique ; après avoir abreuvé cette société sensualisée aux eaux claires des écrivains contemplatifs et des exemples de vie spirituelle, qui surgissaient à son appel dans ses livres et dans les pages brûlantes de La Vida Sobrenatural.
Fr. Luis G. ALONSO GETINO
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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