L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES
La querelle de la corédemption (6)
Le P. Perrella considère que la Note de 2025 est « utile », même si elle est controversée, parce qu'elle relance le débat. Elle est critiquable, en revanche, en ce que son approche mariologique est exclusivement christologique et ne tient pas compte de la dimension ecclésiologique, anthropologique, trinitaire et symbolique de la question - laquelle se trouve, en effet, au coeur de la théologie de la corédemption. La Note, dit-il, « adhère formellement, mais pas toujours judicieusement, à l'enseignement du Concile Vatican II, en particulier Lumen Gentium 60–62 », qui sont, avec les numéros 40-42, « les pierres angulaires de la doctrine relative à la coopération de Marie ». Il indique également que l'on ne peut pas négliger que l'expression "corédemptrice" a été maintes fois utilisée par « le Magistère postconciliaire lui-même ». Tout comme le P. Gronchi, le P. Perrella souligne que « la préoccupation œcuménique est prédominante dans la Note », dont il qualifie le texte de très « bergolien ». Il ajoute : « C’est là une erreur. [Cette dimension] doit clairement être présente, mais elle ne doit pas prévaloir. La priorité doit être donnée à la dimension pastorale de la doctrine ». Il considère par ailleurs que le qualificatif « inapproprié » appliqué au titre "corédemptrice" n'est pas... approprié, alors que la constitution Lumen gentium, dit-il, avait fait le choix d'une option plus « intelligente », celui de tenir « compte du vocabulaire antérieur : elle ne le stigmatise pas, mais ne s’y rattache pas non plus ».
Diane Montagne interroge le P. Perrella sur le fait que la Note désavoue le titre "corédemptrice" au curieux motif (n° 22) que « lorsqu’une expression nécessite de nombreuses explications répétées pour éviter qu’elle ne s’écarte de son sens correct, elle ne sert pas la foi du Peuple de Dieu et devient inutile ». Un tel motif, en effet, observe-t-elle, pourrait également conduire à réprouver des titres comme Mère de Dieu, Immaculée ou Mère de l’Église. le P. Perrella répond : « Sans aucun doute. La vérité, c’est que nous sommes au cœur de l’histoire, mais que nous n’en avons pas conscience. Ce décalage était déjà manifeste dès le départ avec le titre de Theotokos. Tout ce tapage autour des titres est artificiel, car ceux-ci reposent sur un seul fondement : l’Écriture Sainte et ce que la Divine Providence, comme l’enseignait le Père Calabuig, a voulu et désigné ab aeterno pour Marie. Le document — bien qu’il soit vaste et exhaustif — manque de mémoire historique. Et cela, pour ainsi dire, est une pauvreté. Même l’objectif du document, à savoir attirer l’attention sur le rôle de Marie dans l’œuvre du salut – exprimé, qui plus est, d’une manière excessivement radicale –, soulève des difficultés. En effet, nous devrions nous demander : quelle est aujourd’hui la préoccupation urgente de l’Église en matière de foi ? Aujourd’hui, les gens ne croient plus en la Trinité ; il y a des doutes sur la divinité et l’identité messianique du Christ. Or, Marie est accessoire à tout cela. Marie, pour reprendre une expression chère à Benoît XVI, "est seconde mais non secondaire". Or cette Note, que je qualifierais de "trop monophysite", ne favorise malheureusement pas une lecture intégrale et globale de la foi chrétienne, qui est pourtant nécessaire. Je suis d’avis que ce document aurait dû être mieux repensé et affiné, mais surtout qu’il aurait dû être le fruit d’une étude menée par des personnes compétentes ».
Lors de la présentation de *Mater populi fidelis*, indique Montagne, le cardinal Fernández a affirmé que la question de certains titres mariaux avait «suscité des inquiétudes chez les derniers papes». Qu'en pensez-vous ? Réponse : « Je ne pense pas que les papes aient été préoccupés par une telle question. Leur préoccupation était tout autre : la réception immédiate de Lumen Gentium et du Concile. Nous en sommes encore à la réception mythique de Vatican II dont, malheureusement, on ne connaît pas les documents en profondeur ».
Montagne : « Le n° 75 de la Note fait référence aux nouvelles Normes visant à mener à bien le discernement des phénomènes présumés surnaturels, à l’égard desquelles vous vous montrez ouvertement critique. Pour quelles raisons ? »
Le P. Perrella répond : « Que l’on me pardonne ce néologisme, mais le paragraphe en question est une autre perle "sprécieuse" [Ndt : à la fois spécieuse et précieuse] de la Note. Et il l’est précisément en raison de son lien étroit avec les nouvelles Normes du Dicastère de 2024. J’ai toujours eu une grande considération pour celles approuvées par Paul VI en 1978 et rendues officiellement publiques en 2011. J’ai notamment apprécié la préface signée par le cardinal préfet de l’époque, William Levada. À l’époque, ayant été interrogé sur la question par la Congrégation, j’avais vivement souhaité une révision des Normes de Paul VI. Mais dans l’optique d’un approfondissement sapientiel, et non d’un gaspillage du grand patrimoine évocateur du langage, des contenus et des perspectives ».
« Pour comprendre les nouvelles normes et ce qui a été accompli au cours de ces deux années de préfecture du cardinal Fernández, il faut toujours garder à l’esprit la figure omniprésente du pape François et, en particulier, sa constitution sur la réforme de la Curie romaine, *Praedicate Evangelium*. Cette constitution, qui a bouleversé toute la tradition diplomatique, politique et opérationnelle du Vatican, a également eu des répercussions sur la mariologie et la marianité de l’Église. Car avec la réforme de la Curie, la Secrétairerie d’État a perdu, sous François, sa primauté et son rôle de coordination, tandis que le dicastère principal est devenu celui de l’Évangélisation. La primauté de l’évangélisation ne peut toutefois faire abstraction des paroles du Christ, qui n’a pas aboli un seul iota de la Loi (cf. Mt 5, 17-19). Ce principe fondamental devait sous-tendre, et devrait sous-tendre, les propositions magistérielles avec plus de prudence, avec plus de respect pour l’histoire et le présent dans une perspective d’avenir, et avec une grande attention aux autres réalités. Et cela vaut également pour la question des titres mariaux ».
À Diane Montagne, qui rappelle que la variété des titres sous lesquels, depuis deux mille ans, les fidèles s’adressent à Marie, notamment sous les titres de Notre Espérance et Notre Avocate relèvent aussi d'une dévotion populaire qui a aussi son langage, le P. Perralla observe, comme le faisait le P. Arintero, que l'on attribuait aussi à Marie « des titres qui sont propres au Saint-Esprit, mais que nous attribuons à juste titre à Marie en vertu du principe d’analogie. En abordant le thème de la dévotion populaire et de son langage, je me souviens d’une magnifique conférence donnée par le cardinal Ratzinger au Marianum sur la double caractérisation de la mariologie et de la marianité de l’Église : à savoir, la raison et le sentiment. D’où la question cruciale : comment concilier harmonieusement ces deux exigences ? C’est là le véritable problème. Malheureusement, l’Église manque de personnes qualifiées capables d’y contribuer. Et ainsi, Marie continue d’être exploitée comme toujours à la manière – si vous me permettez l’image – d’une ouvrière non rémunérée. Si nous voulons vraiment connaître Marie, nous devons le faire à travers la parole de Dieu et le sensus fidelium dans le cheminement de l’Église ».
LA RÉPONSE DE LA COMMISSION THÉOLOGIQUE DE L'ASSOCIATION MARIALE INTERNATIONALE. Cette Commission est, selon sa propre présentation, « un groupe composé de cardinaux, d’évêques, de membres du clergé, de religieux, de théologiens et de responsables laïcs qui s’efforcent de promouvoir la vérité et la dévotion mariales dans leur intégralité à travers le monde ». Elle a publié, en anglais, en espagnol et en italien, une "Réponse à Mater Populi Fidelis" (1).
La Commission relève que la Note met justement l'accent sur l’affirmation de Jésus-Christ comme unique Rédempteur divin de l’humanité et unique Médiateur divin entre Dieu et les hommes (cf. 1 Tm 2, 5). Ceci est important car, au contraire de ce que postulent souvent les "minimalistes" et la Note en particulier, la défense des titres mariaux contestés ne repose jamais sur une remise en cause ou une atténuation de cette vérité de foi. La Commission relève également dans la Note que la médiation du Christ est inclusive, et qu’« elle permet diverses formes de participation à ses plans salvifiques » (n° 28–29), en mettant en évidence certaines références scripturaires importantes à la coopération de Marie dans l’histoire du salut, telles que Gn 3, 15 ; Jn 2, 4 et Jn 19, 26. Des auteurs patristiques et médiévaux y sont également cités, ainsi que des expressions liturgiques et iconographiques mariales, y compris celles de l’Orient chrétien (n. 14-19). La Note affirme aussi, de manière générale, la coopération des fidèles à l’œuvre salvifique du Christ (n. 28), et elle fait référence à la coopération singulière et distincte de Marie, sans toutefois lui attribuer une valeur rédemptrice objective (n. 37A et 64). La maternité spirituelle de Marie est affirmée (n° 35) ainsi que son rôle d’intercesseur céleste (n° 41) et de disciple modèle (n° 73–74).
Toutefois, en dépit de ces éléments positifs, la Commission relève dans la Note de nombreux points « importants nécessitant des éclaircissements et des modifications substantiels ».
À cette occasion, elle apporte une leçon de qualification théologique fort utile. Elle indique que la Note ayant été approuvée par le pape, elle constitue « une expression du Magistère ordinaire, bien qu’à un niveau inférieur à celui des déclarations directes du Pape (cf. Lumen Gentium, n. 25) ». Cependant, ajoute-t-elle, « le Magistère en général et le Dicastère pour la doctrine de la foi en particulier reconnaissent le droit des théologiens de faire part de leurs difficultés aux autorités magistérielles concernant les enseignements et les arguments de certains documents dans le but d’une meilleure clarification et articulation de la foi catholique (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Veritatis [1990] n. 30).
De plus, le canon 212 § 3 du Codex Iuris Canonici affirme le droit et la responsabilité de tous les fidèles catholiques de faire part de leurs opinions aux pasteurs de l’Église : "Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l'Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l'intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l'utilité commune et de la dignité des personnes” ».
Par conséquent, ajoute la Commission, conformément aux textes ci-dessus, elle est en droit de formuler elle-même ses réserves et critiques.
Après avoir pris acte de ce que la Note rappelle avec force que Jésus-Christ est l’unique Rédempteur et le seul Médiateur divin entre Dieu et les hommes, la Commission conteste l’affirmation selon laquelle ce titre serait toujours “inapproprié” ou “inopportun”. Elle soutient au contraire qu’il a été utilisé ou approuvé par plusieurs papes, saints et théologiens, et qu’il exprime correctement la coopération unique mais subordonnée de Marie à l’œuvre rédemptrice du Christ, en établissant, à l'appui de nombreuses citations de papes, de Vatican II et de théologiens, que l’expression “corédemptrice” n’est pas une invention marginale, mais qu'elle s’inscrit dans une longue tradition catholique. De même, elle considère que la Note réduit trop la médiation mariale à une simple intercession. Elle affirme au contraire qu’une longue série d’enseignements pontificaux soutient une vraie médiation secondaire et instrumentale de Marie dans la distribution des grâces.
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(1) Cf. le site de la Commission. Sa Réponse, de 23 pages pour la version anglaise, peut être directement téléchargée sur ce lien.
ARINTERIANA
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Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
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